Imaginer l’avenir : demain, les Révolutions !

Je découvre avec curiosité les éditions publie.net et plus particulièrement leur collection ArchéoSF, qui rassemble des récits de science-fiction ancienne. Et dans le livre Demain, les Révolutions !, le parti-pris est plutôt intéressant : imaginer à quoi ressemblerait le monde après la Révolution sociale.

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Pourtant, c’est assez rare de trouver ce type de récit chez des militants révolutionnaires. Marx n’a jamais décrit ce que serait une société communiste. Et le livre d’Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique, publié en 1880, a contribué à enraciner cette conception matérialiste de l’Histoire.

Là, l’anthologie rassemble les récits de plusieurs courants du socialisme : saint-simonien, fouriériste, libertaire, anarcho-syndicaliste, etc. Avec des textes de personnalités plutôt connues comme Louise Michel, Émile Pouget ou même Barthélémy-Prosper Enfantin et Paschal Grousset. Mais aussi des textes de personnes probablement moins connues: Louis Desnoyers, Victor Hennequin ou Olivier Souêtre.

Ça permet de brosser quasiment un siècle de socialisme. Mais ça donne aussi des récits assez inégaux.

Le récit un peu technocratique du saint-simonien Barthélémy-Prosper Enfantin peut paraître assez ennuyeux.

Le Père Enfantin (Gallica)

À l’inverse, j’ai découvert avec intérêt le communard et anarchiste breton Olivier Souêtre. Et j’ai eu beaucoup de plaisir à le lire ! Certains de ses passages résonnent même avec beaucoup d’actualité !

La République autoritaire s’étant obstinée à refuser aux travailleurs non seulement la moindre réforme qui pût leur profiter, mais encore tout moyen de se défendre contre l’exploitation capitaliste, les travailleurs ont fini par comprendre :

1° Qu’ils n’avaient absolument rien à attendre d’une République ne différant de l’Empire que par le nom ;

2°  Qu’ils ne pouvaient y être représentés par des bourgeois dont la position sociale était en plein antagonisme avec la leur.

Mais, on voit aussi rapidement les limites de certains récits dans lesquels la société idéale peut vite devenir dystopique. Comme Barthélémy-Prosper Enfantin qui rêve d’un monde entièrement colonisé par l’Europe :

Ainsi notre glorieuse armée européenne imposa naguère notre civilisation à tout l’Orient, elle en portera bientôt, je l’espère, le flambeau dans les contrées où l’homme n’est même pas affranchi de l’esclavage.

La paix universelle par Gustave Doré (Gallica)

Et on s’amuse quand on lit Paschal Grousset imaginer son assemblée idéale en 1870 ! Ainsi, on voit Blanqui cohabiter avec Clémenceau, Flaubert ou Sainte-Beuve dans un groupe « athée, démocrate et socialiste ». Alors que le groupe « démocrate et socialiste » hébergerait Louis Blanc, Victor Hugo et ses deux fils, George Sand aussi bien que les communards Gustave Courbet et Jules Vallès.

Moins d’un an avant la Commune donc, Paschal Grousset fait cohabiter dans un même groupe politique des personnalités qui prendront des partis opposés face à l’insurrection parisienne !

Paschal Grousset (Assemblée nationale)

Mais j’ai surtout apprécié les derniers récits : ceux de Louise Michel, Olivier Souêtre ou ou Émile Pouget. Peut-être parce qu’ils s’attachent plus à décrire le processus révolutionnaire que la société issue de cette Révolution. Peut-être aussi parce que ce sont les récits les plus récents. On se reconnait donc mieux dans la société décrite.

Les utopies décrites par ces auteurs ne nous font pas forcément rêver. Mais ce n’est pas là l’intérêt principal de ce livre. Parce que, au final, ces utopies nous renseignent plus sur leurs auteurs que sur la société qui adviendra après la Révolution !

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